Les règles de dialogue entre musulmans

Dans le palais du sultan par Benjamin-Constant, XIXe siècle

Les musulmans sont, selon la parole du Prophète, comme les membres d’un seul corps si l’un souffre ou se trouve en difficulté les autres lui sont solidaires.
Le dialogue entre les musulmans doit de ce fait être basée sur la valeur de la miséricorde et de la vénération :
« Mohammad est le messager de Dieu et ceux qui sont avec lui sont durs avec les mécréants, miséricordieux entre eux même »[1]

 

La discussion qui concerne des différences doctrinales (les choses à divergence connue) ou qui risque de polluer la relation entre les musulmans sans raison légale est à éviter : le Prophète promet dans un Hadith authentique des belles récompenses à celui qui délaisse les discussions inutiles.
Abû umâma Al-Bahîlî a dit :le Messager d’Allah a dit : « Je me porte garant qu’il aura une demeure dans l’enceinte du Paradis, quiconque abandonne une discussion âpre même si elle de son droit (même s’il a raison) ; une demeure au milieu du Paradis à quiconque laisse le mensonge même en plaisantant ; et une demeure au sommet du Paradis à quiconque jouit d’un bon caractère »
Rapporté par Abû Dâwud (Hadîth Sahîh).

Et même si une confrontation devait provoquer un combat, le Coran explique en évoquant la fraternité des musulmans :
« Si deux clans parmi les croyants se combattaient, ramenez la paix entre eux. Si l’un d’eux outrepassait les droits de l’autre, combattez le clan transgresseur jusqu’à ce qu’il entre dans l’ordre de Dieu. S’il y rentre, arrangez les choses entre eux en toute justice……Les croyants ne sont que des frères. Ramenez donc la paix entre vos deux frères et craignez pieusement Dieu… » [2]

1 Les règles de concertation

Le Coran enseigne les convenances de la concertation intime (Al munâjât) :
« Ô vous qui avez cru ! Quand vous vous concertez à voix basse ne le faites pas dans le péché, l’agression et la désobéissance du Messager mais concertez vous dans le bien et la piété…. » [3]
Le Prophète ajoute qu’il est interdit lorsque trois personnes sont présentes de s’entretenir avec l’un et ignoré ou isolé l’autre[4]. (Lâ yatanâja ithnâni dûna wâhid)

2 Le rapport avec le Messager

Le Prophète a été élevé en stations par Dieu, sa mission universelle et sa position de « seigneur des fils d’Adam » (Sayyid ’awlad âdam), lui ont valu l’obligation d’être vénéré par ceux qui appartiennent à sa communauté, alors le Coran dans plusieurs de ses versets impose des convenances particulières quant à l’entretien avec le Prophète, il a même incité les croyants a donné une aumône avant cet entretien: car ils s’adressent au plus pur des créatures ; et même avec toutes ces convenances personne ne pourra lui rendre grâce et valoriser ses actions en faveur de l’humanité, le moins qu’on puisse dire est qu’il l’a fait sortir de l’obscurité à la lumière….
Pour ce qui est de l’entretien intime avec lui, Dieu dit :
« Ô vous qui avez cru ! Quand vous vous confiez au Messager donnez avant de le faire quelqu’aumône. Cela est meilleur pour vous et plus pur. ..» [5]

Et pour ce qui est des convenances et de la vénération à son égard :
« Ô vous qui avez cru ! N’élevez pas la voix au dessus de celle du Prophète et ne lui parlez pas sur le ton familier que vous employez entre vous – même de peur de voir vos oeuvres annihilées sans que vous vous en rendiez compte…. » [6]

Ce type de comportement et de dialogue est réciproque. Le Coran ordonne au Messager d’observer la douceur et la miséricorde envers ses sujets :
« C’est par un effet de la grâce de Dieu que tu montras doux à leur égard. Si tu étais un rustre au cœur dur, ils seraient dispersés loin de toi. Pardonne-leur donc, prie pour leur absolution et consulte les dans toute décision. » [7]

Par ailleurs, l’un des noms du Prophète est le miséricordieux :
« Il (le prophète) lui coûte de vous voire peiner. Il veille jalousement à votre sauvegarde et est plein de compassion et de miséricorde pour les Croyants »[8]

Notons au passage que Dieu dans ces versets emploie Lui-même des expressions douces et respectueuses à l’égard de la station du Prophète :
« C’est par un effet de la grâce….si tu étais un rustre.. », donc Dieu donne l’exemple par Lui même.
Puis, Dieu montre la raison de l’ordre avant de donner l’ordre « ils seraient dispersés.. », et l’ordre sert justement à rendre la communication entre le prophète et ses compagnons plus parfaite…

Un dialogue original : celui du cœur

Deux exemples, tirés de la biographie d’Omar Ibn Al Khattâb montrent que l’homme s’il atteint un degré de pureté élevé, peut communiquer avec les choses et qu’il peut communiquer grâce à son cœur.

Omar était selon les dires du Prophète (psl) « parmi les gens à qui Dieu parle (inspire) ( Muhaddathîn ) »[9]. Sa communication était basée sur la certitude en Dieu et son Prophète (psl). Les deux exemples suivants illustrent bien les modalités de cette communication qui semble assez singulière mais qui, en Islam, reflète bien le degré de communication que peut atteindre le croyant grâce à sa foi et sa certitude.

a. La lettre d’Omar au Nil

En Egypte, avant la venue de l’Islam, les Coptes, bien que chrétiens, observaient des rites barbares. Ainsi, tous les ans, en été, ils organisaient une grande fête durant laquelle ils sacrifiaient une belle jeune fille qui était désignée pour être la fiancée du Nil et qui, une fois richement parée, était jetée dans le fleuve. Les Egyptiens pensaient que ce rite était nécessaire pour plaire au Nil et qu’ainsi, ils pouvaient continuer à obtenir l’eau si précieuse pour irriguer leurs champs. Si le Nil était mécontent, pensaient-ils, il n’y aurait plus de crue et donc plus de récoltes.
Après la venue de l’Islam, les Coptes demandèrent à `Amr, gouverneur en Egypte, la permission d’effectuer le sacrifice comme ils en avaient l’habitude. Mais celui-ci leur interdit cet acte barbare. Malheureusement, cette année-là la crue du Nil fut très faible et les récoltes mauvaises, au point que de nombreux paysans envisagèrent de quitter le pays. `Amr écrivit alors au calife Omar pour prendre conseil auprès de lui.

Le calife approuva l’attitude de `Amr lorsqu’il refusa d’autoriser aux Coptes le sacrifice humain et écrivit donc une lettre adressée au Nil ainsi rédigée :
« De la part du serviteur d’Allah et du Commandant des croyants au fleuve du Nil en Egypte. Ô Nil, si tu coules par ta propre volonté, alors ne coule pas. Mais si ton cours est contrôlé par Allah le Tout Puissant, nous Le prions de te laisser continuer à couler. »
Cette lettre fut jetée dans le fleuve, tel que le calife l’avait ordonné. C’est alors que le fleuve eut tôt fait de déborder de son lit dans la même année et l’on n’avait pas vu une telle crue depuis des années. De nouveau la contrée se mis à verdoyer, et les récoltes furent riches et les paysans heureux. C’est ainsi que fut mis un terme définitif à cette pratique sauvage et inhumaine.

b. Omar et Sâriya

Sâriya conduisait les armées des musulmans en Palestine, et Omar, au même moment, prêchait sur la chaire (minbar) de la mosquée du Prophète (psl) à Médine par un jour de vendredi. Soudain, Omar s’arrêta de prêcher et s’écria : « Ô Sâriya, la montagne !». Sâriya entendit la voix, et alla se réfugier sur la montagne, ce qui permit aux musulmans d’être ainsi victorieux ….De retour, il raconta cela à Omar….
Comment à une époque où le téléphone et les moyens de communications modernes n’existaient pas, Omar a pu communiquer à des milliers de kilomètres avec ce compagnon ?!
Il s’agit de la dimension hautement spirituelle de la communication : quand le cœur de l’émetteur est pur, il voit par la lumière de Dieu et parle par Sa volonté et Sa guidance ; et quand le cœur du récepteur est pur, celui-ci entend et comprend sans intermédiaire et indépendamment du temps et des moyens.

[1] Coran 48, verset 29

[2] Coran 49, versets 9-10

[3] Coran 58, 9

[4] Muwatta al imâm mâlik Ed. Dar al jîl Beyrût Liban et Dar al âfâq aljadîda Maroc, 1993 ; Le livre du Kalâm (la parole), p. 857 ; rapporté par Al bukhâri dans le livre 45, et Muslim dans le livre 15 : « de l’interdiction de s’entretenir avec une personne en présence d’une troisième sans l’agrément de cette dernière » Hadith numéro 36.

[5] Coran 58,12

[6] Coran 49, verset 2

[7] Sourate III verset 159

[8] Sourate IX verset 128

[9] « Parmi ceux qui vous ont précédés des fils d’Israël, il y eut des hommes qui n’étaient pas des prophètes, mais auxquels Allah a adressé la parole. S’il devait y en avoir dans ma communauté, ce serait Omar !». Rapporté par Al Boukhâri. Un autre Hadith témoigne de l’immunité de ce compagnon : «Dès que le Diable te voit prendre une voie, il en prend aussitôt une autre». Ibn ‘Omar a dit: « Je n’ai jamais entendu Omar dire à propos d’une chose: ‘‘ Je crois que c’est ainsi ’’, sans qu’elle ne fût exactement ainsi ». Dans un autre Hadith le Prophète (psl) témoigne à son égard : « Allah a fait en sorte que la vérité coule facilement sur la langue de Omar ». Rapporté par Ibn Mâja et Al-Hakim.

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